Introduction
Un salarié reconnu travailleur handicapé peut avoir besoin d’un siège ergonomique, d’un logiciel de dictée vocale ou d’horaires aménagés pour exercer ses fonctions dans de bonnes conditions. Ces adaptations ont un coût, et la question du financement se pose rapidement, aussi bien pour le salarié que pour l’employeur. Bonne nouvelle : des dispositifs publics existent pour prendre en charge tout ou partie des dépenses liées à l’aménagement du poste de travail RQTH. Encore faut-il savoir à qui s’adresser, dans quel ordre, et ce que la loi impose réellement à chaque partie.
Aménagement de poste de travail pour un salarié RQTH : qui paie quoi ?
Temps de lecture : ~8 min
Sommaire
- Ce que la loi impose à l’employeur en matière d’aménagement de poste de travail RQTH
- Les trois grandes familles d’aménagements possibles
- Qui finance quoi : Agefiph, FIPHFP et autres dispositifs
- Comment se déroule concrètement la démarche
- À faire / À ne pas faire
- FAQ
- Aménagement de poste RQTH : anticiper, documenter et partager les coûts

Ce que la loi impose à l’employeur en matière d’aménagement de poste de travail RQTH
L’obligation d’adapter le poste de travail d’un salarié en situation de handicap est inscrite dans le Code du travail, à l’article L.5213-6. Pour la fonction publique, c’est l’article L.131-8 du Code général de la fonction publique qui s’applique. Dans les deux cas, la logique est la même : l’employeur doit prendre les mesures appropriées pour permettre au travailleur handicapé d’accéder à un emploi, de le conserver, d’y progresser et de suivre une formation adaptée.
Cette obligation ne s’applique pas de manière abstraite. Elle entre en jeu dès que l’employeur a connaissance de la situation de handicap, que ce soit par la transmission d’une RQTH (Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé, délivrée par la MDPH) ou par tout autre justificatif officiel. Le salarié n’a aucune obligation légale de divulguer sa RQTH à son employeur : c’est une démarche volontaire. Mais sans information, l’obligation de l’employeur ne peut pas être déclenchée.
Il faut bien comprendre la nature juridique de cette obligation : il s’agit d’une obligation de moyens renforcée. L’employeur doit démontrer qu’il a effectivement cherché des solutions, même si le résultat final n’est pas parfait. En revanche, il peut être exonéré si les mesures demandées représentent une charge disproportionnée au regard de ses ressources, de la taille de l’entreprise et de l’impact organisationnel. Un refus d’aménagement qui ne repose pas sur des contraintes réelles et documentées est assimilé à une discrimination fondée sur le handicap, comme l’a rappelé le Défenseur des droits dans sa décision n°2022-145.
Depuis le 1er janvier 2020, toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, doivent déclarer leurs salariés en situation de handicap. Cette obligation de déclaration renforce la visibilité des besoins d’adaptation au sein des organisations.
Les trois grandes familles d’aménagements possibles
Les adaptations de poste pour un salarié RQTH se regroupent en trois catégories complémentaires, qui peuvent être combinées selon les besoins.
Les aménagements techniques et matériels
Ils concernent l’environnement physique et les outils de travail : mobilier ergonomique (siège adapté, bureau réglable en hauteur), matériel informatique spécifique (clavier ergonomique, trackball, logiciel de dictée vocale, loupe d’écran), aides auditives ou visuelles (lecteurs d’écran, appareils de transmission FM, agrandisseurs). Ces solutions sont souvent les plus visibles et les plus simples à financer via des aides externes.
Les aménagements organisationnels
Ils portent sur l’organisation du travail elle-même : aménagement des horaires (temps partiel thérapeutique, horaires décalés), répartition différente des tâches, allègement de certaines missions, pauses supplémentaires ou modification du rythme de travail. Ces mesures ne génèrent pas nécessairement de coût direct, mais elles demandent une implication forte du manager et des ressources humaines.
Les aménagements humains
Ils recouvrent l’assistance d’un collègue formé, le recours à un interprète en langue des signes, ou l’accompagnement par un tuteur ou un formateur interne. Ils sont particulièrement pertinents dans les contextes de formation professionnelle, d’alternance ou d’intégration d’un nouveau poste.
Qui finance quoi : Agefiph, FIPHFP et autres dispositifs
C’est souvent là que les employeurs et les salariés perdent du temps. Voici un tableau synthétique des principaux financeurs selon le secteur.
| Dispositif | Secteur concerné | Ce qu’il finance |
|---|---|---|
| Agefiph | Secteur privé | Matériel, logiciels, aménagement immobilier, interprétariat, transcription |
| FIPHFP | Secteur public | Matériel, aménagement des locaux, moyens de communication adaptés, formation des encadrants |
| Cap emploi | Les deux | Accompagnement, coordination, aide au montage du dossier |
| Médecine du travail | Les deux | Évaluation, préconisations, validation des solutions |
| Employeur | Les deux | Part résiduelle, mesures organisationnelles, coordination interne |
L’Agefiph
L’Agefiph (Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées) propose une aide à l’adaptation des situations de travail dans le secteur privé. Le montant n’est pas fixe : il est calculé en fonction du coût total de l’aménagement et des autres financements déjà mobilisés. L’aide peut couvrir du matériel, des logiciels d’accessibilité, des travaux d’aménagement immobilier, des prestations d’interprétariat ou de transcription. Pour y accéder, il faut constituer un dossier avec devis à l’appui.
Le FIPHFP
Le FIPHFP (Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la Fonction publique) joue le même rôle pour les agents publics. Il finance des aménagements techniques, matériels et humains, mais aussi des actions de formation à destination des encadrants, ce qui est un levier souvent sous-utilisé.
Cap emploi
Cap emploi n’est pas un financeur direct, mais c’est un acteur central dans le processus. Il accompagne le salarié et l’employeur, coordonne les essais de matériel, aide à choisir les fournisseurs et monte le plan de financement. Son intervention est gratuite pour les deux parties.

Comment se déroule concrètement la démarche
La démarche d’aménagement de poste suit généralement un processus en plusieurs étapes, que Cap emploi formalise de la manière suivante. Tout commence par l’identification du besoin : le salarié et/ou le médecin du travail repèrent les difficultés rencontrées sur le poste. Un premier échange est organisé avec un chargé de mission Cap emploi, suivi d’une visite sur site (avec l’accord de l’employeur) pour observer l’environnement de travail réel. Cap emploi rédige ensuite un compte-rendu détaillé avec des préconisations d’aménagement, que le médecin du travail valide.
Vient ensuite la phase de test : un fournisseur de matériel est sélectionné, et des essais en situation réelle sont organisés, généralement sur une durée de deux semaines, installation et prise en main incluses. Une fois la solution validée, un plan de financement est élaboré et le devis est transmis à l’employeur. Cap emploi assure ensuite un suivi à 3 mois, 6 mois et jusqu’à 18 mois après la clôture du parcours.
Pour les agents publics, la procédure passe par une demande formulée auprès du correspondant handicap de l’établissement ou de l’administration. Il faut fournir un justificatif de qualité de bénéficiaire de l’obligation d’emploi (BOE) en cours de validité ainsi qu’un certificat médical détaillé sous pli confidentiel (diagnostic, retentissement fonctionnel, évolution, traitements). L’aménagement est en général accordé pour une durée d’un an et n’est pas renouvelé automatiquement.
À faire / À ne pas faire
À faire
Informer le médecin du travail dès l’apparition de difficultés sur le poste, même avant de transmettre la RQTH à l’employeur. Contacter Cap emploi en amont pour bénéficier d’un accompagnement structuré et gratuit. Conserver tous les échanges écrits avec l’employeur sur le sujet de l’aménagement (courriels, comptes-rendus de réunion). Vérifier la date de validité de la RQTH avant de déposer un dossier Agefiph ou FIPHFP. Inclure dans la réflexion les aménagements organisationnels, pas seulement les aménagements matériels.
À ne pas faire
Attendre que la situation se dégrade pour entamer la démarche : plus tôt elle est initiée, plus les solutions sont nombreuses. Supposer que l’employeur doit tout financer seul : les aides Agefiph et FIPHFP existent précisément pour réduire le reste à charge. Confondre aménagement de poste et adaptation des locaux au titre de l’accessibilité PMR : ce sont deux obligations distinctes avec des financements différents. Omettre de mentionner les besoins liés à la formation dans le dossier d’aménagement : l’obligation légale couvre aussi l’accès à une formation adaptée.

FAQ
La RQTH est-elle obligatoire pour bénéficier d’un aménagement de poste ?
L’obligation d’aménagement de poste ne pèse sur l’employeur qu’à l’égard des salariés reconnus administrativement comme personnes handicapées. La RQTH, délivrée par la MDPH, est le justificatif le plus courant, mais d’autres statuts ouvrent également ce droit (bénéficiaire de l’AAH, statut d’invalidité, etc.). En l’absence de tout justificatif, l’employeur n’est pas légalement tenu d’aménager le poste, même s’il peut le faire à titre volontaire.
Que se passe-t-il si l’employeur refuse d’aménager le poste ?
Un refus d’aménagement qui ne repose pas sur une charge disproportionnée dûment justifiée est assimilé à une discrimination fondée sur le handicap. L’employeur s’expose à des sanctions prud’homales et pénales. Le Défenseur des droits peut être saisi par le salarié, et les décisions rendues dans ce cadre font jurisprudence. La clé est la documentation : l’employeur doit prouver qu’il a cherché des solutions, pas seulement qu’il a dit non.
L’aménagement de poste couvre-t-il aussi les formations professionnelles ?
Oui. L’obligation légale d’aménagement s’étend explicitement à la possibilité pour le salarié handicapé de suivre une formation adaptée à ses besoins. Cela signifie que si un salarié RQTH doit suivre une formation en interne ou en centre de formation, l’employeur doit s’assurer que les conditions d’accès et de déroulement sont adaptées à sa situation. Les dispositifs Agefiph et FIPHFP peuvent financer des aménagements pédagogiques spécifiques dans ce cadre.
Combien de temps faut-il pour obtenir un financement Agefiph ?
La durée varie selon la complexité du dossier et les délais d’instruction. En pratique, il faut compter plusieurs semaines entre le dépôt du dossier complet (avec devis) et la décision de financement. Cap emploi peut aider à accélérer le processus en coordonnant les acteurs et en s’assurant que le dossier est complet dès le départ. Il est donc conseillé d’anticiper et de ne pas attendre une situation d’urgence.
Aménagement de poste RQTH : anticiper, documenter et partager les coûts
L’aménagement du poste de travail pour un salarié RQTH n’est pas une démarche isolée : c’est un processus collaboratif qui implique le salarié, l’employeur, le médecin du travail, Cap emploi et les organismes financeurs comme l’Agefiph ou le FIPHFP. La bonne nouvelle, c’est que les coûts sont très souvent partagés, et que des accompagnements gratuits existent pour guider chaque étape. La clé du succès réside dans l’anticipation et la communication entre les parties. Pour aller plus loin sur les obligations liées à l’accueil et à l’intégration des personnes en situation de handicap en entreprise, vous pouvez consulter notre page dédiée aux formations accueil des PMR et PSH ainsi que notre dossier complet sur le handicap et l’accueil PMR en entreprise.
