Après un accident du travail, la première réaction consiste souvent à chercher une cause unique ou une responsabilité individuelle. L’analyse arbre des causes accident travail vise précisément à éviter cet écueil.
En reconstituant l’enchaînement des faits de manière structurée et objective, cette approche permet de comprendre pourquoi un accident s’est produit, d’identifier les facteurs contributifs réels et de définir des mesures de prévention adaptées. Utilisée par les équipes SST, les membres de la CSSCT et les responsables RH, elle constitue l’un des outils d’analyse a posteriori les plus rigoureux disponibles aujourd’hui.
Analyse arbre des causes accident travail | Guide
Temps de lecture : ~9 min
- Qu’est-ce que l’arbre des causes ?
- Pourquoi utiliser cette méthode après un accident du travail ?
- Les 5 étapes de l’analyse arbre des causes accident travail
- Comment recueillir des faits fiables ?
- Comment construire l’arbre des causes ?
- Cas pratique : accident dans un entrepôt logistique
- Les erreurs fréquentes à éviter
- Template vierge pour les membres de la CSSCT
- Aller plus loin avec l’arbre des causes
- FAQ
Qu’est-ce que l’arbre des causes ?
Définition de l’arbre des causes
L’arbre des causes est une méthode d’analyse a posteriori d’un accident du travail. Elle consiste à reconstituer, de façon graphique et structurée, l’enchaînement des faits qui ont conduit au dommage corporel. L’objectif n’est pas d’établir une culpabilité, mais de comprendre le scénario accidentel dans sa globalité pour en tirer des enseignements utiles à la prévention.
Conçue et popularisée par l’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité), cette méthode est décrite dans le guide ED 6163. Elle repose sur un principe simple : tout accident résulte d’une combinaison de plusieurs facteurs, jamais d’une cause unique. En représentant graphiquement les relations de causalité entre ces facteurs, le groupe d’analyse obtient une vision systémique de l’événement indésirable.
La représentation prend la forme d’un arbre lu de droite à gauche : le fait ultime, c’est-à-dire le dommage subi, est placé à droite. On remonte ensuite vers la gauche en identifiant les faits antérieurs qui ont rendu l’accident possible. Chaque nœud causal est relié à ses antécédents par une relation de causalité vérifiable.
Pourquoi utiliser cette méthode après un accident du travail ?
Une méthode au service de la prévention
L’analyse accident du travail par la méthode de l’arbre des causes répond à une double exigence. D’une part, le Code du travail impose à l’employeur de procéder à une enquête après tout accident grave ou tout presque-accident susceptible d’avoir des conséquences sérieuses. D’autre part, la CSSCT (anciennement CHSCT) dispose d’un droit de procéder à sa propre analyse, indépendamment de celle de l’employeur.

Cette méthode présente plusieurs avantages concrets. Elle permet d’éviter le biais de la recherche d’un coupable, qui conduit souvent à des mesures superficielles et inefficaces. Elle favorise un retour d’expérience partagé entre l’encadrement, les opérateurs et les représentants du personnel. Elle produit enfin un plan d’action corrective directement ancré dans les faits observés, ce qui en renforce la pertinence et l’acceptabilité.
La CARSAT (Caisse d’Assurance Retraite et de la Santé au Travail) recommande également cette approche dans le cadre de ses actions de prévention primaire auprès des entreprises. Les résultats de l’analyse peuvent par ailleurs alimenter le DUERP (Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels), en enrichissant l’identification des situations dangereuses déjà recensées.
Les 5 étapes de l’analyse arbre des causes accident travail
Les principales étapes de la méthode
La méthode se déroule en cinq étapes distinctes, depuis la décision d’analyser jusqu’au suivi des actions engagées.
Étape 1 : constituer le groupe d’analyse. L’enquête ne doit pas être menée par une seule personne. Le groupe d’analyse réunit idéalement le responsable de service concerné, un ou plusieurs membres de la CSSCT ou du CSE, la victime si son état le permet, et des témoins directs. La pluralité des regards est une condition de fiabilité.
Étape 2 : recueillir les informations. Le groupe procède au recueil de témoignages, à l’observation des lieux dans l’état le plus proche possible de celui au moment de l’accident, et à la consultation de documents internes (procédures, fiches de poste, DUERP, registres de maintenance). Cette phase de diagnostic terrain est déterminante pour la qualité de l’arbre.
Étape 3 : construire l’arbre. À partir des informations collectées, le groupe construit la représentation graphique en partant du fait ultime et en remontant pas à pas vers les faits antérieurs. La question centrale est : qu’a-t-il fallu pour que cela arrive ? Chaque fait retenu doit être objectif, vérifiable et incontestable.
Étape 4 : analyser les causes racines. Une fois l’arbre construit, le groupe identifie les facteurs sur lesquels il est possible d’agir. Certains relèvent de l’organisation du travail, d’autres de la conception des équipements, de la formation ou de l’environnement physique. La méthode des 5 pourquoi peut compléter cette phase pour approfondir certains nœuds causaux.
Étape 5 : définir et suivre le plan d’action. Chaque mesure de prévention est directement liée à un fait identifié dans l’arbre. Le plan d’action corrective précise le responsable, le délai et les indicateurs de suivi des actions. Ce suivi est essentiel pour s’assurer que les mesures sont réellement mises en œuvre.
Comment recueillir des faits fiables ?
Témoignages, observations et documents
La qualité de l’arbre des causes dépend entièrement de la qualité des informations recueillies. Plusieurs principes guident cette phase.
Les témoignages doivent être recueillis le plus tôt possible après l’accident, avant que les souvenirs ne s’altèrent ou que les versions ne se consolident entre collègues. Chaque témoin est entendu séparément. L’enquêteur reformule sans interpréter et note les faits bruts, non les opinions.
L’observation des lieux permet de compléter les témoignages par des éléments matériels : état du sol, positionnement des équipements, éclairage, signalisation. Ces éléments constituent des faits objectifs et vérifiables au sens strict de la méthode.
La consultation du DUERP, des fiches de données de sécurité, des registres de maintenance ou des comptes rendus de réunions de la CSSCT peut révéler des situations dangereuses déjà identifiées mais non traitées, qui constituent alors des facteurs contributifs importants.
Bon à savoir : l’INRS recommande de ne jamais intégrer dans l’arbre des causes des opinions, des jugements ou des interprétations. Seuls les faits objectifs, vérifiables et incontestables par l’ensemble du groupe d’analyse peuvent figurer dans la représentation graphique.
Comment construire l’arbre des causes ?
La construction de l’arbre suit une logique de causalité stricte. On part du fait ultime (le dommage corporel) et on remonte vers les faits antérieurs en posant systématiquement la question : qu’a-t-il fallu pour que ce fait se produise ?

Lorsqu’un fait a un seul antécédent direct, on trace une relation simple. Lorsqu’un fait nécessite la conjonction de plusieurs antécédents pour se produire, on les relie par un nœud causal de type ET. Lorsqu’un fait peut résulter de plusieurs antécédents alternatifs, on utilise un nœud de type OU.
La remontée causale s’arrête lorsque le groupe atteint des faits sur lesquels il n’est plus possible d’agir, ou lorsque les informations disponibles ne permettent pas d’aller plus loin de façon fiable. L’arbre final constitue une représentation graphique du scénario accidentel complet, depuis les causes racines jusqu’au dommage.
Cas pratique : accident dans un entrepôt logistique
Voici un exemple fictif mais réaliste pour illustrer concrètement la méthode.
Le fait ultime : un préparateur de commandes chute d’une mezzanine et se fracture le poignet.
Le groupe d’analyse remonte les faits : la victime se trouvait sur la mezzanine pour récupérer un colis mal rangé en hauteur. La barrière de protection était absente à cet endroit depuis deux semaines (signalé mais non réparé). Le sol de la mezzanine était rendu glissant par un produit d’entretien appliqué le matin sans signalisation. La victime portait des chaussures de sécurité non adaptées à ce type de surface. La procédure de travail en hauteur n’avait pas été mise à jour depuis la réorganisation du stock trois mois plus tôt.
Le tableau ci-dessous présente la structure simplifiée de l’arbre pour cet exemple.
| Niveau de l’arbre | Fait retenu | Type de relation |
|---|---|---|
| Fait ultime | Chute avec fracture du poignet | Point de départ |
| Fait immédiat | Perte d’équilibre sur la mezzanine | ET |
| Fait contributif 1 | Absence de barrière de protection | ET |
| Fait contributif 2 | Sol glissant sans signalisation | ET |
| Fait contributif 3 | Chaussures inadaptées à la surface | ET |
| Cause racine 1 | Défaut de maintenance non traité depuis 2 semaines | Nœud causal |
| Cause racine 2 | Procédure de travail en hauteur obsolète | Nœud causal |
| Cause racine 3 | Absence de protocole de nettoyage avec signalisation | Nœud causal |
À partir de cet arbre, le groupe d’analyse peut formuler des mesures de prévention précises : remettre en état immédiat la barrière, réviser la procédure de travail en hauteur, définir un protocole de signalisation après nettoyage, et vérifier l’adéquation des équipements de protection individuelle aux surfaces de travail.
Les erreurs fréquentes à éviter
Plusieurs erreurs compromettent régulièrement la qualité d’une analyse par arbre des causes. La plus courante consiste à intégrer des opinions ou des jugements dans l’arbre, comme « l’opérateur a été imprudent » ou « la direction ne prend pas la sécurité au sérieux ». Ces formulations ne constituent pas des faits objectifs et vérifiables, et elles orientent l’analyse vers la recherche d’un coupable plutôt que vers la compréhension du scénario accidentel.
Une autre erreur fréquente est de s’arrêter trop tôt dans la remontée causale, en restant au niveau des faits immédiats sans atteindre les causes racines organisationnelles ou systémiques. C’est pourtant à ce niveau que se trouvent les leviers d’action les plus efficaces pour la prévention primaire.
Enfin, négliger le suivi des actions constitue une erreur qui réduit l’analyse à un exercice formel sans impact réel. Un plan d’action corrective sans pilote désigné et sans échéance précise ne sera pas mis en œuvre.
| Erreur fréquente | Conséquence | Bonne pratique |
|---|---|---|
| Intégrer des opinions ou jugements | Oriente l’analyse vers la recherche d’un coupable | Ne retenir que des faits objectifs et vérifiables |
| S’arrêter trop tôt dans la remontée causale | Les causes racines organisationnelles ne sont pas identifiées | Poursuivre jusqu’aux facteurs sur lesquels il est possible d’agir |
| Négliger le suivi des actions | L’analyse reste un exercice formel sans impact réel | Désigner un pilote et une échéance pour chaque action |
À retenir : la différence entre l’arbre des causes et la méthode des 5 pourquoi réside dans leur structure. Les 5 pourquoi suivent une logique linéaire et conviennent aux situations simples. L’arbre des causes permet une analyse systémique, en intégrant plusieurs branches causales simultanées, et est mieux adapté aux accidents complexes impliquant plusieurs facteurs contributifs.
Template vierge pour les membres de la CSSCT
Pour faciliter la mise en pratique de la méthode, voici les éléments constitutifs d’un template d’arbre des causes que les équipes SST et les membres de la CSSCT peuvent utiliser directement lors d’une investigation accident du travail.

Le document doit comporter les rubriques suivantes :
- Date et heure de l’accident, service et poste concernés
- Description du fait ultime (dommage corporel)
- Composition du groupe d’analyse
- Liste des faits recueillis avec leur source (témoignage, observation, document)
- Représentation graphique de l’arbre (à compléter manuellement ou via un outil de diagramme)
- Identification des causes racines
- Mesures de prévention proposées pour chaque cause racine
- Responsable et délai pour chaque action, et indicateurs de suivi des actions
Ce template peut être intégré dans le système de management de la sécurité de l’entreprise et alimenter directement la mise à jour du DUERP. Nos formations dédiées à la CSSCT et au CSE incluent des exercices pratiques de construction d’arbre des causes sur des cas réalistes, pour que les élus et les référents sécurité maîtrisent la méthode de façon opérationnelle dès leur retour en entreprise.
Pour aller plus loin dans la formation de vos élus, vous pouvez consulter notre page dédiée à la formation CSE et SSCT obligatoire, ainsi que nos ressources sur la prévention des risques professionnels et le rôle du CSE en matière de prévention des RPS.
Aller plus loin avec l’arbre des causes
L’arbre des causes est bien plus qu’un outil graphique. C’est une démarche de responsabilité sans culpabilisation, qui place la prévention au cœur de l’analyse d’accident. En suivant les cinq étapes de la méthode, en ne retenant que des faits objectifs et vérifiables, et en ancrant chaque mesure de prévention dans un fait identifié, les équipes SST et les membres de la CSSCT disposent d’un levier puissant pour réduire durablement les risques dans leur entreprise.
La méthode ne remplace pas la déclaration d’accident ni les obligations légales, mais elle en constitue le prolongement le plus utile pour l’action collective.
FAQ
L’arbre des causes est-il obligatoire après tout accident du travail ?
Le Code du travail n’impose pas explicitement la méthode de l’arbre des causes, mais il oblige l’employeur à enquêter après tout accident grave ou tout presque-accident présentant un risque sérieux. La CSSCT dispose également d’un droit propre d’investigation. L’arbre des causes est la méthode recommandée par l’INRS pour répondre à cette obligation de manière rigoureuse.
Combien de temps faut-il pour construire un arbre des causes ?
La durée dépend de la complexité de l’accident et du nombre de faits à recueillir. Pour un accident simple, une demi-journée peut suffire. Pour un accident grave impliquant plusieurs services ou plusieurs facteurs organisationnels, il faut compter une à deux journées de travail en groupe, auxquelles s’ajoute le temps de recueil des témoignages et d’observation des lieux.
La victime de l’accident doit-elle participer à l’analyse ?
Sa participation est souhaitable si son état le permet, car elle dispose d’informations de première main sur le déroulement de l’événement. En revanche, sa présence ne doit jamais être imposée, et l’animation du groupe doit veiller à ce que l’analyse reste centrée sur les faits et non sur la mise en cause de quiconque.
Comment intégrer les résultats de l’arbre des causes dans le DUERP ?
Les causes racines identifiées dans l’arbre constituent des situations dangereuses avérées. Elles doivent être intégrées dans le DUERP lors de sa prochaine mise à jour, en précisant le niveau de risque réévalué et les mesures de prévention décidées. Cette mise à jour est une obligation réglementaire qui donne une portée formelle aux conclusions de l’analyse.
L’arbre des causes peut-il être utilisé pour analyser un presque-accident ?
Oui, et c’est même fortement recommandé. Un presque-accident révèle les mêmes défaillances organisationnelles qu’un accident réel, sans les conséquences humaines. L’analyser avec la même rigueur permet d’agir avant que le dommage corporel ne survienne, ce qui constitue l’essence même de la prévention primaire.
