La mise en accessibilité d’un établissement recevant du public reste la règle, mais le Code de la construction et de l’habitation prévoit des exceptions strictement encadrées. Une dérogation d’accessibilité pour un ERP existant permet d’écarter une prescription précise, et uniquement celle-là, lorsque le bâti, le patrimoine, l’économie du projet ou la copropriété rendent son application impossible ou disproportionnée.
Quatre motifs seulement sont recevables, et chacun suppose une démonstration argumentée, documentée et localisée sur plans. Cet article détaille ces motifs, la procédure de dépôt en mairie, les pièces justificatives attendues et les mesures compensatoires à proposer. Il s’adresse aux responsables d’ERP, aux DRH, aux élus CSE attentifs aux conditions d’accueil et aux organismes de formation qui reçoivent des stagiaires dans leurs locaux.
Dérogation accessibilité ERP existant, motifs et dossier
Temps de lecture : ~9 min
- Qu’est-ce qu’une dérogation d’accessibilité pour un ERP existant ?
- Les quatre motifs de dérogation accessibilité pour un bâtiment existant
- Une dérogation doit toujours être ciblée
- Procédure de dérogation accessibilité ERP, où et comment déposer la demande
- Quelles pièces justificatives pour une dérogation accessibilité
- Mesures compensatoires et solutions alternatives
- Le cas particulier de la dérogation accessibilité pour un organisme de formation
- Dérogation ou Ad’AP, quelle différence
- Points de vigilance avant de déposer le dossier
- Aller plus loin avec une dérogation accessibilité bien préparée
- Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une dérogation d’accessibilité pour un ERP existant ?
Une dérogation d’accessibilité est une autorisation administrative qui permet de ne pas appliquer une ou plusieurs prescriptions d’accessibilité dans un établissement recevant du public déjà construit. Elle ne vaut jamais dispense générale de mise en accessibilité.
Le ministère de la Transition écologique rappelle qu’une dérogation vise un point technique déterminé et un ou plusieurs handicaps identifiés, l’obligation d’accessibilité demeurant entière pour tout le reste du bâtiment. Autrement dit, une dérogation portant sur l’accès à une salle située à l’étage ne libère en rien l’exploitant de ses obligations sur le cheminement accessible extérieur, l’accueil du public, la circulation intérieure ou les sanitaires adaptés.
Le régime dérogatoire concerne exclusivement le cadre bâti existant. Un bâtiment neuf ne peut pas en bénéficier, quelle que soit sa catégorie ERP ou son type d’ERP. Pour un centre de formation, un cabinet, un commerce ou un hôtel installés dans un immeuble ancien, la question se pose en revanche très concrètement dès qu’une rampe d’accès, un ascenseur, une largeur de porte ou une différence de niveau se heurtent à la structure du bâtiment.
Bon à savoir
Un ERP neuf ne peut pas obtenir de dérogation sur ce fondement. La démarche est réservée au cadre bâti existant, et l’ancienneté seule d’un bâtiment ne constitue jamais un motif suffisant.
Les quatre motifs de dérogation accessibilité pour un bâtiment existant
La réglementation retient quatre motifs, et quatre seulement. Une demande qui ne se rattache à aucun d’entre eux est rejetée, même si les arguments avancés paraissent raisonnables sur le plan pratique.

Impossibilité technique avérée
L’impossibilité technique accessibilité ERP est retenue lorsque les caractéristiques du terrain ou du bâtiment interdisent matériellement la réalisation des travaux. Sont notamment visées la configuration du terrain, la présence d’autres constructions, l’implantation du bâtiment, les contraintes structurelles ou l’impossibilité de créer une rampe, un ascenseur ou un cheminement conforme. La difficulté doit être établie par des éléments techniques tangibles, plans cotés, relevés, photographies, étude de structure ou avis d’un professionnel. Une préférence architecturale ou un simple surcoût ne caractérisent pas une impossibilité technique.
Préservation du patrimoine architectural
Le deuxième motif vise les travaux qui porteraient atteinte à la conservation du patrimoine architectural. Il concerne les bâtiments protégés ou présentant un intérêt architectural particulier. L’avis de l’architecte des bâtiments de France, ou de l’autorité compétente selon la situation du bâtiment, devient alors une pièce déterminante du dossier. Là encore, la dérogation accessibilité patrimoine architectural se limite à la prescription réellement incompatible avec la conservation de l’édifice, par exemple une modification de façade ou d’escalier protégé, et laisse subsister les autres obligations.
Disproportion manifeste entre les améliorations et leurs conséquences
La disproportion manifeste travaux accessibilité s’apprécie en comparant l’amélioration réellement apportée aux personnes handicapées, le coût des travaux, leurs conséquences sur l’usage du bâtiment et leur impact sur la viabilité de l’activité. Un devis élevé ne suffit jamais : il faut expliquer pourquoi l’investissement est disproportionné au regard du bénéfice attendu. Pour un organisme de formation, l’analyse porte utilement sur la surface perdue dans les salles, la suppression d’un espace pédagogique indispensable, la réduction excessive de la capacité d’accueil ou l’atteinte à l’équilibre économique du site. Le ministère met à disposition un outil d’aide à la décision pour les demandes fondées sur ce motif économique.
Refus de la copropriété
Le quatrième motif concerne l’ERP installé dans un immeuble collectif à usage principal d’habitation, lorsque l’assemblée générale des copropriétaires refuse les travaux portant sur les parties communes. Le refus copropriété travaux accessibilité doit être formel et émaner de l’assemblée générale. Une opposition verbale du syndic ou d’un copropriétaire isolé ne suffit pas. Le procès verbal d’assemblée générale constitue la pièce maîtresse du dossier.
| Motif de dérogation | Situation visée | Preuve attendue |
|---|---|---|
| Impossibilité technique | Terrain, structure, implantation, constructions voisines | Plans cotés, relevés, photographies, note technique d’un architecte ou bureau d’études |
| Patrimoine architectural | Bâtiment protégé ou d’intérêt architectural | Avis de l’architecte des bâtiments de France, éléments descriptifs de l’édifice |
| Disproportion manifeste | Coût ou conséquences excessifs au regard du bénéfice | Devis, analyse économique, impact sur l’usage des locaux et la capacité d’accueil |
| Refus de copropriété | ERP en immeuble collectif d’habitation | Procès verbal de l’assemblée générale refusant les travaux |
Une dérogation doit toujours être ciblée
Une demande rédigée de façon globale, du type dérogation à l’accessibilité de l’établissement, n’a aucune chance d’aboutir. Chaque demande doit identifier la règle visée, l’article réglementaire correspondant et son libellé, la partie du bâtiment concernée, sa localisation sur les plans, le ou les handicaps impactés, la justification du motif invoqué et les mesures compensatoires envisagées. Le formulaire Cerfa 13824 prévoit d’ailleurs une rubrique dédiée au nombre de dérogations demandées, chacune devant faire l’objet d’une fiche détaillée.
Procédure de dérogation accessibilité ERP, où et comment déposer la demande
Une demande intégrée au dossier de travaux
La demande dérogation accessibilité ERP n’est pas une démarche isolée. Elle s’intègre au dossier d’autorisation de travaux ERP existant ou à l’autorisation d’urbanisme applicable au projet. Le dossier est déposé en mairie, qui instruit la demande et la transmet aux autorités compétentes. Selon les cas, la commission consultative départementale de sécurité et d’accessibilité, ou la commission d’accessibilité compétente, rend un avis, et la décision relève de l’autorité administrative concernée, préfecture de département ou maire selon la configuration locale.
Le dossier dérogation accessibilité mairie peut être préparé par le propriétaire ou par le gestionnaire de l’ERP, le plus souvent avec l’appui d’un architecte, d’un bureau d’études, d’un maître d’œuvre ou du service urbanisme de la commune.
Important
Aucun travail ne doit être engagé, et aucune modification d’exploitation ne doit être mise en œuvre, comme si la dérogation était acquise avant la notification de la décision administrative.
Quelles pièces justificatives pour une dérogation accessibilité
Les principales pièces du dossier
La composition exacte du dossier varie selon la nature du projet et les usages locaux d’instruction. Voici les pièces justificatives dérogation accessibilité le plus souvent attendues par les services instructeurs :
- le formulaire administratif adapté au projet, notamment le Cerfa 13824 pour l’autorisation de travaux
- une notice accessibilité et une notice descriptive du projet
- les plans de situation, de masse et des niveaux concernés, avec des plans cotés avant et après travaux
- des photographies du bâtiment et de l’obstacle invoqué
- les références réglementaires précises des prescriptions visées
- une note technique démontrant l’impossibilité, la contrainte patrimoniale ou la disproportion
- les devis, estimations financières et analyse de l’impact sur l’activité
- l’avis de l’architecte des bâtiments de France lorsque le patrimoine est concerné
- le procès verbal d’assemblée générale en cas de refus de copropriété
- les mesures de substitution et d’accompagnement proposées
Pour une demande portant sur des sanitaires adaptés, le ministère précise que le dossier doit comporter un plan coté de l’agencement intérieur avant modification ainsi que le plan des sanitaires existants et du sanitaire adapté projeté.
Mesures compensatoires et solutions alternatives
Exemples de mesures compensatoires
Une dérogation accessibilité handicap ERP est toujours examinée au regard de ce que l’exploitant propose pour maintenir l’accès effectif au service. Les mesures compensatoires ne remplacent pas automatiquement les travaux exigibles et ne garantissent pas l’acceptation de la demande, mais elles démontrent une recherche active de solution. Dans un centre de formation, plusieurs pistes sont mobilisables :

- organiser la session dans une salle accessible du bâtiment ou sur un autre site
- installer un point d’accueil au niveau de l’entrée pour éviter tout franchissement d’escalier
- prévoir un accompagnement individualisé et des supports pédagogiques accessibles
- adapter les horaires, les modalités d’accueil ou proposer une partie de la formation à distance
- informer clairement les usagers sur les conditions réelles d’accueil et les alternatives disponibles
Le cas particulier de la dérogation accessibilité pour un organisme de formation
Un organisme de formation est soumis aux règles applicables aux ERP dès lors qu’il accueille des stagiaires, des apprentis ou des salariés dans ses locaux. L’analyse doit intégrer la catégorie et le type d’ERP, la capacité d’accueil maximale, les salles de formation, les espaces d’accueil, les circulations horizontales et verticales, les sanitaires ouverts au public, les modalités d’évacuation et les services proposés. Une dérogation accessibilité centre de formation portant sur l’accès à une salle à l’étage ne dispense donc ni de l’accessibilité de l’accueil, ni de celle des sanitaires, ni de l’information des stagiaires.
La démarche la plus solide consiste à distinguer clairement les obligations applicables immédiatement, les travaux nécessitant une autorisation, les prescriptions réellement impossibles à respecter et les adaptations pédagogiques ou organisationnelles mises en place. Cette approche rejoint directement la qualité de l’accueil des publics en situation de handicap, que nous traitons dans nos formations dédiées, notamment la sensibilisation à l’accueil des PMR et PSH, l’ensemble de nos programmes accueil PMR et PSH et la formation de référent handicap en entreprise. Nos dossiers thématiques sur le handicap et l’accueil PMR en entreprise complètent ces repères réglementaires.
Dérogation ou Ad’AP, quelle différence
La dérogation et l’agenda d’accessibilité programmée répondent à deux logiques distinctes. La dérogation autorise à ne pas appliquer une prescription d’accessibilité déterminée, dans un cas réglementairement justifié. L’Ad’AP permettait, lui, d’étaler dans le temps un programme de travaux de mise en accessibilité.
Depuis le 31 mars 2019, il n’est plus possible de déposer un nouvel Ad’AP. Les ERP encore non conformes et non couverts par un agenda doivent engager leur mise en conformité accessibilité au moyen d’une autorisation de travaux. Un Ad’AP déjà existant peut en revanche faire l’objet de certaines modifications, par exemple pour y intégrer de nouveaux établissements ou ajuster sa durée dans les conditions prévues.
Points de vigilance avant de déposer le dossier
Une dérogation n’est jamais automatique. Le fait qu’un bâtiment soit ancien, exigu ou coûteux à rénover ne constitue pas en soi un motif recevable. La demande doit rester proportionnée à la difficulté réelle, ce qui suppose de viser une prescription identifiée plutôt qu’une dispense large. Les plans doivent permettre de localiser exactement l’obstacle, la circulation concernée, la porte, la salle ou le sanitaire visé, ainsi que la solution projetée. Enfin, même lorsqu’une difficulté est admise, l’obligation d’information des usagers subsiste, ce qui suppose d’expliquer clairement les conditions d’accueil et les solutions disponibles.

Les formulaires, les références du Code de la construction et de l’habitation et les circuits d’instruction évoluent. Avant tout dépôt, il est recommandé de vérifier les informations sur service-public.fr et auprès du service urbanisme de la commune, les pratiques locales pouvant varier d’un département à l’autre.
Aller plus loin avec une dérogation accessibilité bien préparée
Une dérogation d’accessibilité pour un ERP existant reste une exception motivée, ciblée et documentée, et non un moyen d’échapper aux obligations de mise en accessibilité. Quatre motifs seulement sont recevables, chacun exigeant des preuves techniques, patrimoniales, financières ou juridiques solides, complétées par des mesures compensatoires crédibles.
Pour un organisme de formation ou tout autre ERP, la démarche gagne à être conduite en parallèle d’une montée en compétences des équipes sur l’accueil des personnes en situation de handicap. Pour construire un programme adapté à vos locaux et à vos publics, vous pouvez nous contacter ou demander un devis de formation professionnelle.
FAQ – Questions fréquentes
Qui doit déposer la demande, le propriétaire ou l’exploitant de l’ERP ?
La demande peut émaner du propriétaire comme du gestionnaire de l’établissement. En pratique, la répartition dépend du bail et de la nature des travaux, les interventions sur la structure ou les parties communes relevant généralement du propriétaire. Il est prudent de formaliser cette répartition par écrit avant le dépôt du dossier.
Une dérogation obtenue reste-t-elle valable après un changement d’activité ou de nouveaux travaux ?
La dérogation est accordée au regard d’un projet et d’une configuration donnés. Une modification substantielle des locaux, un changement de destination ou une évolution de la capacité d’accueil conduisent à réexaminer la situation et, le plus souvent, à déposer une nouvelle autorisation de travaux.
Faut-il conserver l’arrêté de dérogation dans le registre public d’accessibilité ?
Oui. Le registre public d’accessibilité réunit les pièces qui décrivent les conditions d’accès de l’établissement, dont les décisions administratives relatives à l’accessibilité. Il doit être consultable par le public à l’accueil et tenu à jour.
Que se passe-t-il en cas de refus de la dérogation ?
Le refus oblige à reprendre le projet en intégrant la prescription concernée, éventuellement selon une solution technique différente. Il est utile d’échanger en amont avec le service instructeur pour ajuster le dossier plutôt que de déposer une demande insuffisamment justifiée.
Un ERP peut-il cumuler plusieurs dérogations dans un même dossier ?
Oui, à condition que chaque dérogation fasse l’objet d’une fiche distincte, avec sa propre justification, sa localisation sur les plans et ses mesures compensatoires. Le formulaire d’autorisation de travaux prévoit explicitement d’indiquer le nombre de dérogations demandées.
